Lésions méniscales du genou : valeur diagnostique des tests cliniques
- Quentin Blot

- 23 janv.
- 3 min de lecture
Les tests méniscaux et leur intégration dans le raisonnement étiopathique.
Introduction
La lésion méniscale du genou constitue une cause fréquente de douleur mécanique, de blocage articulaire et de limitation fonctionnelle, tant chez le sportif que dans la population générale. Malgré l’essor de l’IRM, le diagnostic reste fondamentalement clinique, reposant sur l’anamnèse, l’examen fonctionnel et la réalisation de tests
orthopédiques spécifiques, dont la valeur diagnostique dépend étroitement de leur interprétation combinée.
En étiopathie, l’objectif ne se limite pas à identifier une atteinte structurelle, mais à comprendre les mécanismes biomécaniques ayant conduit à la souffrance méniscale.

Rappels anatomiques et biomécaniques du ménisque
Les ménisques médial et latéral sont des fibrocartilages semi-lunaires assurant :
la répartition des contraintes fémoro-tibiales,
l’augmentation de la congruence articulaire,
la stabilité secondaire du genou,
un rôle proprioceptif majeur.
Le ménisque médial, moins mobile en raison de ses attaches capsulo-ligamentaires, est plus exposé aux lésions, notamment lors des mouvements de rotation sur genou fléchi en contexte de contrainte valgus.
Principes généraux des tests méniscaux
Les tests cliniques méniscaux reposent sur trois mécanismes principaux :
Compression du ménisque
Cisaillement par rotations tibiales
Mise en charge fonctionnelle
Aucun test n’est pathognomonique isolément. La combinaison de tests concordants augmente significativement la valeur diagnostique.
Valeur diagnostique des principaux tests cliniques
1. Test de McMurray
Principe : flexion maximale, rotations tibiales, puis extension progressive.
Sensibilité : 48–65 %
Spécificité : 86–94 %
Peu sensible mais très spécifique : un test positif est fortement évocateur d’une lésion méniscale, notamment instable.
2. Test d’Apley (compression / distraction)

Principe : compression axiale tibiale en décubitus ventral, genou fléchi à 90°.
Sensibilité : 40–60 %
Spécificité : 80–90 %
Intéressant pour différencier une douleur méniscale d’une atteinte capsulo-ligamentaire (douleur à la distraction).
3. Test de Thessaly
Principe : rotations actives en appui unipodal, genou fléchi à 20°.
Sensibilité : 64–89 %
Spécificité : 83–97 %
L’un des tests les plus performants, surtout pour les lésions méniscales symptomatiques en charge.
4. Test de Steinmann
Principe : rotations tibiales passives genou fléchi, avec analyse de la migration de la douleur.
Sensibilité : ~60 %
Spécificité : ~85 %
Particulièrement utile pour localiser le compartiment atteint.
5. Test du rebond
Principe : relâchement passif après flexion complète.
Sensibilité : faible à modérée
Spécificité : élevée pour les obstacles intra-articulaires
Un rebond douloureux ou incomplet évoque une lésion méniscale instable ou un fragment libre.
Tests dynamiques en charge
Le Squat Max
Sur un genou sans oedème visible, ce test est très évocateur de lésion méniscale
compression postérieure des ménisques,
contraintes maximales

Marche en canard
La marche accroupie sollicite intensément les cornes postérieures méniscales.
Valeur diagnostique clinique élevée
Reproduction fidèle des douleurs mécaniques ou des blocages
Tests complémentaires
Contrainte valgus / varus en légère flexion
Permet de majorer la charge sur un compartiment précis.
Douleur localisée sans laxité franche = orientation méniscale
Douleur + laxité = suspicion ligamentaire associée
Le Cri méniscal
Association clinique de :
douleur vive interligne articulaire,
déclenchement brutal,
blocage mécanique franc.
Très évocateur d’un ménisque rompu avec fragment mobile.
Intégration dans le raisonnement étiopathique
Bien que l’étiopathe traite les simples entorses du genou, il doit cependant déterminer de quelle structure la douleur provient, et si elle cette structure est méniscale, est-elle réversible ou pas mécaniquement.
Un traitement articulaire local ou à distance (Lombaire) pourra être effectué.
Une réorientation vers un acte chirurgical peut parfois être recommandé.
Conclusion
Les tests cliniques méniscaux, lorsqu’ils sont combinés, contextualisés et interprétés avec rigueur, présentent une valeur diagnostique élevée. Ils constituent un outil indispensable pour le praticien averti, en complément (et non en substitution) de l’imagerie.
L’étiopathie s’intègre pleinement dans cette approche, en reliant le symptôme local à sa cause mécanique.
Bibliographie scientifique
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Beaufils P. et al., Orthop Traumatol Surg Res, 2017
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